fbpx

Lettre aux résidents et au personnel de la Maison de repos

Chère résidente, cher résident, nous mesurons toutes et tous le courage dont vous faites preuve depuis plusieurs semaines.

Plus confinés que n’importe qui d’autres, parfois en fait simplement dans votre chambre avec quelques sorties par jour, vous êtes parmi les plus à plaindre. Les plus courageux aussi.

Ces derniers temps, grâce aux équipes d’animation (l’animergo), des photos de vous ont été diffusées sur la page Facebook nouvellement créée de votre résidence pour seniors.

Vous y abordiez vos plus beaux sourires au-dessus de petites pancartes jaunes avec des mots d’encouragement.

Un comble. Ces derniers temps, c’était vous, vos sourires, vos pancartes, bref vos photos qui étaient notre rayon de soleil.

Un comble parce qu’en réalité c’est vous qui avez besoin de tous les rais de lumière possible.

Vous savez, il ne se passe pas une heure sans que nous, dehors, on ne pense à vous. Vont-ils bien ? Quelqu’un a-t-il de la fièvre? Ne déprimez-vous pas ?

Il ne se passe pas une heure non plus sans qu’on ne se dise : plus jamais.

Nombreux seront ceux à rappeler que notre système de soins de santé n’est classé que 5ème au niveau mondial. On devrait être les premiers, c’est vrai. Ça nous permettrait sûrement de vous garantir plus de lits à l’hôpital si votre santé venait à vous jouer des tours durant cette période.

5ème, pourtant, ce n’est déjà pas si mal. Mais il n’est jamais interdit de faire mieux.

Vous qui avez connu la crise et l’après-crise de la seconde guerre mondiale vous savez mieux que quiconque ce que la force de vos sourires nous apporte.

Vous savez mieux que quiconque ce que la force de votre courage nous inspire.

Vous rappelez mieux que quiconque au monde entier qu’il nous faut toujours garder en tête les plus fragiles à tout moment, en toute humilité, dans toutes nos approches.

En parlant de fragiles, et parce que nous vous connaissons un peu maintenant, vous allez nous dire que vos sourires ne sont que le prolongement de ceux du personnel à vos côtés tous les jours.

 

Permettez-moi quelques mots pour eux aussi.

 

Chers membres du personnel, sachez qu’il ne se passe pas non plus une minute sans qu’on pense à vous.

A commencer par la recherche de masques, de blouses, de gants. On avait des réserves mais l’immensité de cette crasse a failli nous prendre de vitesse. Croyez bien qu’on ne lâche rien et qu’on les trouve ces dispositifs de protection.

On les trouve parce que tout le monde en cherche. Et le mot « monde » prend tout son sens aujourd’hui. (Tout) le monde veut vous aider. Vous entendez les gens applaudir le soir mais ne croyez pas qu’ils s’arrêtent tous là. Je ne compte plus les messages de solidarité, de proposition d’aides, de mains tendues : que ce soit la voisine Jacqueline ou un fournisseur de masques ou encore un restaurateur qui veut vous apporter gratuitement des petits plats.

Chers collègues, ma maman faisait votre job. Je le trouvais déjà beau avant. Il l’est plus que jamais maintenant.

Chers collègues, outre le combat contre cette crise sanitaire, nombreux sont ceux à aussi déjà réfléchir à l’après-crise. D’autres héros monteront au front. Ils devront relancer l’économie, créer des nouvelles habitudes, porter de nouveaux rêves.

Certains aussi se battront pour que notre beau pays n’affiche pas un compte en banque ultra-déficitaire… mieux : pour qu’il puisse dégage les moyens afin que vous soyez reconnus à votre juste valeur. Parce qu’in fine vous ne demandez pas un merci. Vous demandez qu’on soit juste. Je le pensais déjà quand ma maman faisait votre job. On le pense tous aujourd’hui.

 

Chers résidents, cher membre du personnel, les récits ont toujours servi de fondations et de piliers aux sociétés humaines. Aujourd’hui, l’histoire qui s’écrit entre autres dans les maisons de repos donnera si ce n’est un sens à cette crise, au moins un visage au monde de demain : plus humain.

Vous aimerez aussi